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Par : Fathim Kamara pour www.starafrica.com
31/05/2011 11:07 GMT

StarAfrica rencontre Magou

Magou, de son vrai nom Maguette Sambe est né en 1975 sur l’île de Ngor, un village de pêcheurs situé au large du Sénégal. Le « ndeup », rythme traditionnel des Lébous qui mêle chants, danses et tambours et dont la pratique peut aller jusqu’à la transe mystique va bercer l’enfance du jeune homme qui se laisse séduire pas la musique. Amoureux de la percussion et de la Kora entre autres, c’est pourtant de sa voix que Magou va faire son outil principal de travail. Une voix grave, un peu rocailleuse qui parvient pourtant à vous submerger d’émotions. Après s’être produit pendant plus de 10 ans avec son groupe Dakar transit, c’est désormais en auteur, compositeur et interprète confirmé, que Magou sort en 2006 son premier album « africa yewul » (Afrique réveille toi). L’œuvre est aussitôt saluée par la critique et récompensé par l’Académie Charles Cros. Il y évoque l’union africaine, les souffrances et l’espoir d’un peuple mais aussi l’amour, la foi et la solidarité, des valeurs qui se font de plus en plus rares. Pour la jeunesse africaine et pour StarAfrica en particulier, Il s’ouvre sur son parcours, ses motivations et son rêve d’une Afrique meilleure.


Bonjour Magou, comment allez vous ?



 



Ça va « parisiennement ». (Il rit). Vous savez bien le métro et tout mais bon ça va !



 



 Votre album surfe sur plusieurs genres musicaux à la fois (Soul, Afro-jazz, reggae, folklore, blues, et même musique mandingue), vous n’êtes pas un peu perdu ?



 Ah non, pas du tout ! Je me considère comme un baobab, avec de grosses racines mais aussi beaucoup de feuilles. Les « lébous » dont je fais partie sont des pêcheurs ! Des hommes qui aiment la mer, la nature et donc la liberté. Je ne peux pas m’enfermer dans un seul genre. En plus, je suis mandingue, peuhl, sérère, je suis influencé par beaucoup de cultures. Normalement, je ne devais pas du tout embrasser la carrière de chanteur mais j’aimais ça ! Je fréquentais des oncles qui étaient des amoureux de reggae et qui m’ont transmis cette passion et en même temps, j’écoutais la musique traditionnelle. Tous ses horizons se complètent et s’enrichissent.  Enfin, la musique elle-même est universelle et il vaut mieux qu’elle soit variée et plurielle. D’ailleurs, je déteste qu’on me classe dans un seul genre musical. C’est comme si on m’emprisonnait.



 



 Dans une interview, vous n’hésitez pas à dire que la dette africaine n’existe pas. Qu’entendez-vous par là ?



 



Elle n’a jamais existé ! Avant de parler de dette, qu’on rende à l’Afrique ce qu’on lui doit et ce qu’on lui a enlevé. A partir de ce moment, on pourra reparler de dette. Sinon comment comprendre que les vestiges africains dorment dans le musée du Louvres ? L’Afrique nourrit le reste du monde que ce soit par ces ressources humaines ou naturelles. Combien de vies, de sueur, de sang d’hommes et de femmes de ce continent a-t-on versé ? L’esclavage, le pillage des ressources qui plus est, continue, vous pensez qu’on pourra un jour compter cela et le rembourser ? Je ne conçois pas d’ailleurs, que le patrimoine africain se retrouve au Louvres et dans les grands musées d’Europe. Qu’est ce qu’ils font là ? On en fait du business, alors qu’ils sont mieux là bas. On nourrit le reste du continent que ce soit par les ressources humaines ou naturelles de ce continent qu’on dit pauvre.          Les Africains ont combattu pour ceux qui se font appeler aujourd’hui les grandes nations. Ils l’ont fait parce que pour eux, c’était la promesse d’un monde meilleur et plus juste. Je ne conçois pas qu’on parle de dette de l’Afrique ! Pour moi, c’est une manière de nous maintenir encore plus dans cet état de faiblesse. Et c’est pour cela que je dis que la dette africaine est utopique. On va peut être me trouver rebelle mais c’est une rébellion pacifique. J’ai toujours cru que ce qu’on ne règle pas par la communication, on ne le règle pas non plus par la force.



 



 Quel regard portez-vous sur le système éducatif, scolaire voire universitaire en Afrique ?



 



En observant mon parcours scolaire, je dirais qu’on apprend plus l’histoire et la civilisation des autres que la nôtre. Le premier choc culturel que j’ai eu, c’était au mali. J’y jouais avec 70 artistes africains venus de différents pays pour l’opéra du  Sahel et je me suis rendu compte que les africains eux-mêmes ne s’intéressent pas suffisamment à leur continent. Nos jeunes rêvent plus des USA, des pays d’Europe...alors qu’ils ne soupçonnent même pas les potentialités qu’il y a chez eux.



J’ai un ami musicien qui a visité au moins 18 pays du continent, mais quelle richesse !



Il parle 8 langues et est incroyablement cultivé. Qu’apprend-on dans les écoles chez nous ? « Nos ancêtres les gaulois ». Au Sénégal, c’est seulement avec Senghor qu’on a eu la chance d’apprendre la négritude et d’autres courants littéraires qui nous concernent vraiment. En plus, avec internet et les autres médias, les jeunes ne savent plus d’où ils viennent ni qui ils sont. C’est grave ! C’est un véritable problème d’identité qui je pense, est à la base de leur expatriation massive et donc de l’appauvrissement de L’Afrique. A l’école aujourd’hui, c’est la drogue, la débauche, la prostitution et tout ça pour copier les autres. Ce ne sont pas nos valeurs ! Dans mon village à N’Gor, il n’y a pas de police et pourtant, c’est l’un des lieux les plus sûrs de Dakar. Il suffit que tu cries au secours pour que tout le monde accoure. Le respect est sacré etc. C’est tout ça qui fait de nous ce que nous sommes et qui doit être réintégré à l’école pour avoir d’excellents élèves et étudiants, c’est la base que nous avons perdu et qui doit revenir. L’école ce n’est pas juste pour avoir de bonnes notes et trouver du travail. Ça doit former des humains, des jeunes qui ont de vraies valeurs.



 



 Quel a été votre parcours à vous ?



 



J’ai fait deux écoles à Dakar et obtenu mon baccalauréat à « Maurice Delafosse ».



Après, j’ai abandonné mes études pour la musique. Mes parents s’y opposaient mais ils m’avaient demandé surtout le baccalauréat. Alors après obtention de celui ci, je me suis dit que j’avais rempli ma part du contrat et que je devais faire enfin ce que j’aimais, c'est-à-dire la musique.



Curieusement, pendant cette période, je lisais plus, j’aimais découvrir des ouvrages …Sans doute, l’effet de la liberté. J’ai ensuite monté mon groupe, le « Dakar transit » on répétait ensemble, on apprenait, et c’est comme ça qu’on s’est formés et qu’on a commencé à jouer un peu partout à Dakar. C’est comme cela qu’on s’est fait connaître et la première fois qu’on est sorti du Sénégal, c’est grâce à cette musique et c’était pour jouer en Allemagne où le premier album est sorti en 2006. J’ai aussi mis à profit mon temps libre pour devenir ingénieur de son.



 



Ils sont nombreux ces jeunes qui, comme vous, rêvent d’une carrière de chanteur. Qu’avez-vous à leur dire ?



 



De croire en leurs rêves mais de mettre en avant la formation. Se former dans le métier qu’on aime est important et plus les années passent, plus les métiers, surtout  d’art, sont difficiles d’accès. Aujourd’hui, le talent ne suffit plus. Ce sont parfois même les moins talentueux qui réussissent parce qu’ils sont mieux encadrés tout simplement. Tout évolue maintenant en réseau comme on dit. A ce propos, il faut justement que nos gouvernements ouvrent plus d’établissements de formations de ce type car il y a une réelle demande.



 



 



Quels sont vos projets pour les 5 années à venir ?



 



Continuer à faire de la musique, créer une école de musique et assister les enfants qui vont s’y inscrire. C’est un projet qui me tient à cœur, même plus que de signer avec un gros label. J’espère aussi que les labels essaieront de moins formater les artistes, de moins les museler car ils ont un rôle primordial à jouer. Ils doivent pouvoir s’exprimer car leurs messages peuvent changer les choses.



 



Un dernier message à la jeunesse qui lira cette interview …



 Les gars, vous n’avez pas besoin de vous ruer dans les pirogues et de vous tuer de surcroît juste pour rejoindre l’Europe. Tout se passe chez nous ! Il y a d’énormes potentialités, il y a des choses à faire. C’est en Afrique que j’ai fait mes meilleurs spectacles, que j’ai le mieux communié avec un public, que j’ai touché mon plus gros cachet.



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 



 


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