26/04/2011 11:07 GMT
Entretien avec Roch Glitho, enseignant à l'Université d'Abomey Calavi
Professeur titulaire de Chaire a l' université Concordia au Canada et professeur associé a l université de Milan en Italie, Roch Glitho dispense également des cours à l’Institut de Mathématiques et de sciences physiques de l’université d’Abomey Calavi, première université nationale et publique du Bénin, son pays. Il nous parle de son métier d’enseignant chercheur mais aussi et surtout du domaine de l’informatique au Bénin. Un domaine encore bien jeune là bas et qui pourtant, renferme beaucoup d’opportunités insoupçonnées par les étudiants eux-mêmes. Entretien.
Depuis le début de la formation mastère professionnel en informatique, c est à dire l’année scolaire 2004-2005
Vous dites que cette branche existe depuis 2004. Quels sont les progrès que vous observez en 7 ans ?
La planification des cours et projets de fin d’études s’est nettement améliorée, bien que ceci demeure un défi vu qu’un nombre important de Professeurs qui interviennent dans la formation sont basés à l’extérieur du Benin (ex: Canada, France, Italie). L'amélioration également des programmes de cours par l’introduction progressive de nouveaux modules.
En dehors de l’informatique, quelles sont les principales filières enseignées dans cet établissement ?
En dehors de l informatique, l’IMSP (Institut de Mathématiques et de Sciences Physiques) de l Université d Abomey-Calavi offre des formations doctorales en mathématiques et en physiques. Elle offre aussi une formation niveau DESS en décentralisation et gestion des eaux.
Revenons à votre filière, Combien d’étudiants avez-vous ? J’ai en charge une vingtaine d’étudiants par session. Ce sont ceux qui ont choisissent de faire une spécialisation dans les séries scientifiques généralement (Mathématiques, sciences…) mais il y a aussi ceux qui suivent d’autres formations et qui ont besoin de maîtriser un minimum l’outil informatique. Aujourd’hui, c’est incontournable. Quels sont les critères d’accès à cette formation ? Une sélection sur dossier est faite mais il faut nécessairement avoir une Licence, ce qu’on appelle dans le système LMD (Licence-Master-Doctorat), la licence 3. Cela équivaut à une 3ème année universitaire passée avec succès. Ces étudiants font ensuite la spécialisation en passant notamment le cap du Master professionnel en informatique option réseautique et système d’informations. Cela se fait en deux années d’études. Quels sont les chiffres dont vous disposez pour l’année scolaire écoulée.
La formation est basée sur des unités de valeurs et s’étale sur une durée totale minimale de 2 ans - 20% à peu près des étudiants finissant dans les 2 ans prescrits. 70% à peu près finissent en 3 ans, et 10% en moyenne décrochent, c'est à dire qu'ils abandonnent le cursus pour diverses raisons.
Selon vous, quelle place occupe l’informatique sur le marché de l’emploi actuellement au Bénin et pour les 5 prochaines années ? Je pense que c’est un outil génial mais encore mal connu et sous exploité dans nos pays. Je parle surtout de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Dans le domaine de l’enseignement par exemple, on n’a pas encore d’enseignants locaux suffisamment qualifiés dans les télécommunications et les réseaux pour assurer la formation de nos jeunes. Ce qui fait que l’on n’a aucune autonomie. A l’université d’Abomey où j’enseigne, ce sont en majorité des missionnaires venant du Canada, de la France, ou encore de l’Italie qui viennent dispenser ces cours. Ce serait bénéfique qu’au plan local, il y ait suffisamment d’enseignants aptes à former ces jeunes de manière continue. Et pour revenir à votre question, je dirai exactement qu’il y a énormément de possibilités dans ce domaine, surtout au niveau de l’emploi. L’offre dans le domaine reste forte et si les jeunes s’y intéressent véritablement, on aura moins de chômage et des entreprises plus productives. Des mesures sont elles mises en place pour faciliter l’insertion professionnelle de vos étudiants ?
Tout à fait. L’université d’Abomey essaie de leur trouver des stages ou de leur faciliter l’accès aux stages, ce qui n’est pas trop difficile je dirais vu qu’il y a encore beaucoup de possibilités dans notre pays. Je précise cependant que de nombreux étudiants sont déjà dans la vie professionnelle. Ils viennent donc chez nous pour améliorer leur formation, relever leur niveau tout en gardant leur activité professionnelle.
Qu’en est t’il des bourses d’études et autres programmes d’échanges internationaux ? Les programmes d’échanges existent. Que ce soit avec l’Italie, la France et d’autres pays francophones. Quand aux bourses, il n’en existe pas encore. Nous sommes toutefois en pourparlers avec des organismes dans cette optique. Un programme est aussi envisagé en particulier avec la « Sonatel » et le groupe France Télécom pour les étudiants en fin d’études.
Un message à l’attention de la jeunesse béninoise et africaine ?
Il faut que les jeunes retiennent que seul le travail paie. On ne le dira jamais assez. C’est indispensable d’avoir un métier dans la vie, un métier qu’on apprend vraiment et dans lequel on essaie d’être bon. Il ne faut pas emprunter le chemin des raccourcis. Se lancer dans la politique alors qu’on n’y connaît rien, juste parce que l’on est sûr de pouvoir y gagner quelques avantages et de l’argent facile. Ou bien encore, avoir des activités malsaines comme le trafic de drogues. Ça vous nourrit certes mais pour combien de temps ? Les jeunes doivent avoir l’amour du travail, celui qui leur permet de gagner honnêtement et honorablement leur vie. Nos dirigeants aussi doivent faciliter la tâche à ces jeunes. En mettant plus de bourses à la disposition de ceux qui le méritent ou encore en développant des systèmes de prêt aux étudiants. Ce, afin qu’ils puissent au moins se former et rembourser à l’État lorsqu’ils auront du travail. Ce serait déjà un progrès considérable.
Propos recueillis par Fathim KAMARA pour StarAfrica
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