Entretien avec le Docteur Emungania alias Fargas, éducation, StarAfrica.com

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Par : Marie Bodjan
01/08/2011 12:05 GMT

Entretien avec le Docteur Emungania alias Fargas

Le Docteur Emungania Jean-Jacques alias Fargas est né le 15 juin 1962 dans la province du Kasaï orientale en République Démocratique du Congo, les bonnes fées se penchent très vite sur le berceau de notre auteur puisqu’il n’est rien de moins que le neveu du célèbre panafricaniste défenseur de la cause nègre Patrice Emery Lumumba. Arrivé en Belgique de son Congo natal en 1969, il y suivra un cursus primaire à Stoumont dans les Ardennes belges, puis secondaire à l’abbaye des moines bénédictins de Maredsous dans la province de Namur, avant de retourner au Gabon en 1983 ou après un Baccalauréat en série D, il obtiendra son diplôme de médecin à l’université Omar Bongo de Libreville. Mais très vite ce médecin généraliste se consacre à sa passion qu’est la bande dessinée qu’il a apprise au contact de dessinateurs célébrés tels que : Tibet, Hermann ou encore Dany. Petite précision mais de taille l’auteur Fargas n’a jamais suivi de cours de dessins ou de conception de scénario. C’est un parfait et génial autodidacte.


Bonjour Mr Fargas pourriez-vous, vous présenter aux internautes de Starafrica.com ?

 

 

Avec plaisir bonjour aux internautes de Starafrica, Fargas n’est pas mon vrai nom je m’appelle Emungania Jean-Jacques, Fargas est mon pseudonyme de dessinateur. Je suis née le 15 juin 1962 dans l’ex Zaïre c'est-à-dire l’actuelle République Démocratique du Congo dans la province du Kasaï orientale plus précisemment. Pourquoi je le précise parce que je suis un digne héritier du moins je l’espère de Patrice Emery Lumumba qui est un chantre de la Libération et de la Négritude en Afrique Noire.

 

 

 

 

Il n’est pas très commun de voir un médecin dessinateur de « BD » est ce une passion ?

 

 

Ce n’est pas une passion, je préfère utiliser le terme de « violon d’Ingres », voilà ce que la « BD » représente pour moi. Mais contrairement à mon illustre prédécesseur Ingres qui était un super peintre et violoniste, je pense faire de mon « violon d’Ingres », maintenant que je suis à l’orée de mes 50 ans,  une occupation de tous les jours et vraiment par le biais de la BD mener la lutte contre le Sida en Afrique Noire.

 

 

 

 

Mr Fargas parlez-nous un peu du personnage de Yannick Dombi comment est-il née ? Et pourquoi avoir choisi la BD comme mode d’expression ?

 

 

Le personnage de Yannick Dombi est née en 1991 à l’époque je travaillais dans une imprimerie de Libreville j’ai été contacté par un éditeur que je tiens à remercier au passage Mr Paul Borie qui connaissant mes qualités de dessinateur m’a demandé si j’étais prêt à m’impliquer dans la lutte contre le Sida par le biais de la BD, proposition que j’ai tout de suite accepté.

Le synopsis et les principaux personnages de la BD sont nés au cours d’une discussion avec une amie qui est aujourd’hui disparue Sabine Minhindou dont je tiens à rendre hommage, je lui ai parlé de la proposition que l’on m’avait faite et elle m’a aidé à trouver un synopsis ainsi que les différents personnages de la BD.

le personnage principale de la BD à savoir Yannick Dombi porte le prénom du meilleur ami de mon jeune frère.

 

 

 

 

Le Tome1 des aventures de Yannick Dombi est sorti en 1992 qu’est qui vous a  poussé à l’époque à parler du Sida ?

 

 

En 1992 j’étais étudiant en médecine et comme je vous l’ai dit je travaillais parallèlement à mes études dans une imprimerie à Libreville sous la houlette de Mr Paul Borie à qui, on avait soumis à l’époque un projet d’éducation et d’information sur le Sida. Ce projet était financé par le ministère Français de la Coopération et du Développement du Gabon et par le Bureau Régional Afrique de l’OMS.

Il m’en a parlé et quand Sabine Minhindou et moi lui avons proposé un synopsis, il a tout de suite adhéré au projet c’est comme ça que je me suis lancé dans l’écriture de la BD.

J’ai choisi la BD comme mode d’expression parce que ayant fait mes études primaires et secondaires en Belgique qui comme vous le savez est l’un des royaumes de la BD j’ai été très tôt initié à ce mode d’expression. Nous avions en effet à l’époque un professeur qui animait une émission sur la BD à la Radio Télévision Belge il a très tôt repéré mes talents de dessinateur et m’a invité à participer à l’émission.

Ainsi à travers cette émission nous étions souvent confrontés aux « papes » de la BD tels que Tibet, Hermann ou en Dany. J’ai d’ailleurs jamais pris de cours de dessin j’ai développé mes talents en les fréquentant.

 

 

 

 

Quel regard portez-vous sur les campagnes de sensibilisation contre le Sida en Afrique ?

 

 

Malheureusement je souffre d’une phobie qui est la peur de l’avion, donc je voyage très peu. Je me déplace qu’à travers le Gabon, de temps en temps je vais à l’étranger mais il faudrait que ce soit pour des raisons réellement importantes.

Donc en ce sens je ne peux pas vous parler des campagnes de sensibilisation en Afrique mais plutôt au Gabon. Ce qui est dommage parce que j’ai eu plusieurs retours et invitations de dessinateurs et d’ONG d’Afrique Subsaharienne mais vraiment  ma phobie de l’avion m’empêche de me déplacer.

Sinon de façon générale les campagnes de sensibilisation contre le Sida sont très bien faites au Gabon, pas parce qu’elles passent par Yannick Dombi( il rit), elles se font aussi à travers la télévision, la radio, les journaux. Mais surtout l’accès aux médicaments est facile ce qui n’est le cas dans d’autres pays voisins tels que l’Ouganda ou dans mon pays d’origine la République Démocratique du Congo ou il y a une population beaucoup plus importante qu’au Gabon donc forcément la mise en place de campagnes de sensibilisation est plus difficile.

 

 

 

 

En dehors de la « BD » vous arrive t-il de vous déplacer sur le terrain dans les collèges et lycées  notamment pour sensibiliser les jeunes ?

 

 

Je vous remercie pour cette question parce qu’en faite les jeunes c’est notre premier objectif dans le cadre de la lutte contre le Sida. Mais malheureusement étant très pris par mon travail hospitalier je ne pouvais pas jusque là me déplacer sur le terrain. Car même si au niveau des Grandes villes les campagnes de sensibilisation se déroulent plutôt bien, il reste encore beaucoup à faire à l’intérieur du pays. Mais maintenant que je vais me consacrer exclusivement à la santé publique via ma BD Yannick Dombi, je prévois de me déplacer avec mon équipe c'est-à-dire les dessinateurs, les scénaristes, les sponsors parce qu’il faut savoir que nous obligeons les sponsors à acheter un certain nombre d’exemplaires de la BD  qui seront redistribués gratuitement au cours de nos déplacements dans les structures scolaires notamment.

 

 

 

 

Seriez-vous  pour l’instauration de distributeurs de préservatifs dans les collèges et lycées en Afrique comme cela se fait en Europe? ou pensez vous que c’est une mesure encore précoce ?

 

 

Non elle n’est pas du tout précoce je parle en ma qualité de médecin, la contamination au VIH Sida se fait à 99.9% par voie sexuelle donc les si le ministère nationale de la santé et l’OMS pouvaient mettre des distributeurs de préservatifs dans les lycées et collèges cela nous aiderait beaucoup dans la lutte contre la maladie .

 

 

 

Quelles mesures de prévention concrètes préconisez vous aujourd’hui dans la lutte contre le Sida à l’égard des jeunes surtout ?

 

 

On revient à la question suivante, chez nous en  Afrique Subsaharienne ce n’est pas compliqué l’usage du préservatif reste le meilleur moyen de lutte contre le Sida.

Mais aussi il faut dire aux personnes séropositives qu’elles ont accès à la tri-thérapie, que des traitements existent.

 

 

 

 

Justement les jeunes séropositifs se plaignent de ne pas avoir accès aux antirétroviraux à quoi est due cette situation ?

 

 

Il est vrai qu’en dehors du Gabon c'est-à-dire en Ouganda, en RDC ou encore au Cameroun les jeunes ont plus de mal à accéder aux traitements. Malheureusement je suis toujours obligé de parler du cas du Gabon que je maitrise le mieux. Avant l’instauration des centres de traitement ambulatoire qui sont maintenant disséminés dans tout le pays, le traitement aux anti-rétroviraux coutait cher car le niveau de vie est relativement élévé au Gabon à l’époque le prix était compris entre 300000 CFA et 400000 CFA ; actuellement grâce à ces centres de traitement ambulatoire, aux ONG, et au Gouvernement le traitement est gratuit, et les séroposotifs s’ils le souhaitent sont répertoriés dans les CTA ou ils bénéficient gratuitement de traitements.

 

 

 

 

Dans le Tome1 des aventures de Yannick Dombi les jeunes découvrent l’existence du virus, dans le Tome 2 on note une certaine prise de conscience de la maladie chez les personnages que nous réserve le Tome 3 ?

 

 

Avant  tout je tiens à remercier vivement le CIMRF (Centre International de Recherches Médicales de Franceville) au Gabon qui est un centre de recherche de pointe sur la planète, ils sont ma caution scientifique sur le Tome 3 des aventures de Yannick Dombi.

Pour en revenir à votre question, chaque Tome des aventures de Yannick Dombi dans un cadre de santé publique a un message qui lui est propre : c’est ainsi que dans le premier Tome parut en 1992 nous avions parlé du VIH, des modes de contamination, dans le Tome 2 nous avions mis l’accent sur les traitements aux antirétroviraux à l’accès aux centres de traitement ambulatoire donc on pourrait penser que le message s’arrête là.

Mais grâce au CIRMF nous avons actualisé toutes les données épidémiologiques, nous sommes à 5,2 % de taux de séropositivité au Gabon, 63000 milles séropositifs ont été répertoriés dans les différents centres de traitement.

En ce sens dans le Tome 3 des aventures de Yannick Dombi qui s’appelle « Chantage au virus » nous allons mettre un accent ferme sur la lutte contre la tuberculose parce qu’en Afrique les décès dus au Sida sont généralement le fait de maladies opportunistes telles que la tuberculose. Nous allons aborder aussi le thème de la Grossesse et du Sida car nous cherchons à expliquer aux femmes séropositives qu’elles peuvent avoir des enfants séronégatifs si elles sont correctement prises en charge par un centre de traitement ambulatoire, par leur gynécologue durant toute la durée de la grossesse mais aussi après l’accouchement.

Autre thème que nous allons aborder dans ce Tome 3, c’est la recrudescence des IST (infection sexuellement transmissible) chez les adolescentes et les jeunes femmes. En effet d’après certaines informations que nous avons pu obtenir grâce aux pharmaciens, les jeunes femmes exigent de moins en moins le port du préservatif de leur partenaire parce qu’elles ont maintenant facilement accès à la pilule du lendemain et elles en abusent c'est-à-dire que les adolescentes et jeunes femmes privilégient dans leurs rapports sexuels le fait de ne pas tomber enceinte au lieu de privilégier le fait de ne pas contracter une IST.

Les pharmaciens ont ainsi constaté que la vente de préservatif a fortement baissé au détriment de celle de la pilule du lendemain. Et il est très important d’expliquer cela aux jeunes femmes et aux adolescentes.

Et enfin le Tome 3 va nous permettre d’introduire le Tome 4 en parlant du virus Ebola et son extrême dangerosité.

 

 

 

Ne pensez vous pas que nous devrions instaurer des cours de prévention contre le sida dans les programmes d’études des lycées et collèges ?

 

Alors là je pense que vous devez lire dans mes pensées (il rit), j’ai eu la chance de rencontrer deux personnes qui travaillent pour la BAD (Banque Africaine de Développement) qui sont tombées sur les BD de Yannick Dombi et qui les ont trouvé très ludiques. Ils aimeraient qu’à travers la BD qui est très bien intégrée au Gabon, nous puissions faire des programmes de prévention contre le Sida dans des cours de SVT(science de la vie et de la terre). Elles ont donc la même préoccupation que vous à savoir instaurer des cours de lutte contre le Sida dans des programmes d’études de lycées et de collèges c’est effectivement très important ; même si ce public est relativement jeune on pourrait au moins mettre l’accent sur la dangerosité du virus sans pour autant entrer dans un cours d’éducation sexuelle pure.

 

 

 

Le rapport 2010 d’ONUSIDA montre que l’épidemie est en  recule en Afrique chez les 15-24 ans grâce à l’usage du préservatif. La sexualité n’est-elle plus tabou chez les jeunes Africains ?

 

elle est plus tabou du tout et des études menées au Gabon montrent également que la contamination a effectivement baissé chez les 15-24 ans grâce à l’usage du préservatif. C’est fini le sexe n’est plus tabou chez les jeunes Africains c’est juste des clichés et j’espère que cette campagne de sensibilisation qui a marché au Gabon notamment à travers la BD Yannick Dombi marchera aussi dans les autres pays d’Afrique car Yannick Dombi est un personnage panafricain en tout cas c’est mon cheval de bataille.

 

 

 

Au-delà de sa vocation d’informer et de sensibiliser  sur la maladie est ce qu’une partie des bénéfices issue de la vente de la « BD » est reversée à des organisations de lutte contre le Sida ?

 

Non mais c’est pareil, car lorsque nous avons affaire à des sponsors tels que des banques, le CIRMF et d’autres que je ne peux malheureusement pas citer, nous leur exigeons mise à part leur participation dans la réalisation et dans l’impression de la BD d’en acheter un certain nombre d’exemplaires qui seront redistribués par la suite lors des campagnes de prévention.

Aussi ces exemplaires sont offerts à titre gratuit à des populations qui en temps normal ne pourraient pas se l’acheter car disposant d’un pouvoir d’achat relativement faible. Car la BD coûte quand même 10 euros.

 

 

 

Un dernier mot pour les jeunes ?

 

Lisez les aventures de Yannick Dombi et j’espère que je pourrai rendre la BD plus accessible notamment aux personnes qui ne vivent pas en Afrique. En tout cas nous sommes entrain d’œuvrer dans ce sens, ainsi nous travaillons actuellement sur le site Yannick Dombi ou seront répertoriés tous les points de vente de la BD. Il y aura aussi prochainement un dessin animé ainsi qu’une BD interactive des aventures de Yannick Dombi.

 

 

 

 

 


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