Entretien avec Laura Recuero Virto, économiste pour l'OCDE, éducation, StarAfrica.com

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20/02/2012 15:28 GMT

Entretien avec Laura Recuero Virto, économiste pour l'OCDE

Laura RECUEROVIRTO VIRTO est une économiste dans l’équipe de l’Afrique et du Moyen-Orient à l’OCDE...


Laura RECUEROVIRTO VIRTO est une économiste dans l’équipe de l’Afrique et du Moyen-Orient à l’OCDE où elle est actuellement en charge du projet sur l'Innovation dans les TIC en Afrique. Elle donne également des cours et supervise des thèses dans un master professionnel sur la réglementation des télécommunications en collaboration avec la Banque Mondiale et les organismes de réglementation au Burkina Faso, le Sénégal et la France.




Questions :






Vous avez travaillé sur l’open access, pourriez vous nous résumer en quelques mots ce qui se cache derrière ce terme ?





Nous avons travaillé sur le thème de l’open access car justement ce terme manquait de clarté. Au départ, ce terme était souvent employé dans les discussions concernant les réseaux de cables sous-marins dans les côtes Est et Ouest Africaines. Notre travail avec l’union africaine nous a permis de trouver une définition assez simple concernant le terme d’open access. Il s’agit donc de savoir comment avoir un accès non discriminatoire à un réseau quelconque : Cela peut être un réseau de cables sous-marin par exemple. Il faut que ce réseau soit financé par des fonds publics ou  soit par un réseau d’opérateurs dominants.      




En 2009, 80% du trafic « sortait » du continent pour transiter par l’Europe ou les Etats Unis , qu’en est il aujourd’hui ? vu de l’Afrique du sud ?, vu d’un des pays enclavés ?


Il y a des cables qui connectent l’Afrique du sud et le Burkina Faso et ces cablages sont plus chers que si l’on passe par les Etats-Unis. Tant que les réseaux, en interne, dans le continent, ne seront pas construits, on restera encore dans la même situation, c’est-à-dire que cela restera moins cher de passer par des réseaux externes.




Aujourd’hui 80% des sites internet sont hostés aux US ou en Europe qu’apporterait le développement de data center en Afrique ?



Ce ne sont pas uniquement les data centers qu’il faut développer, il faudrait développer toute la chaîne. Tout d’abord, il faut eclaircir tous les points de régulation sur les points d’atterissage des cables sous-marins. Ensuite, il faut construire le réseau interne des pays afin de permettre un accès à ces réseaux.
Il faut aussi avoir des points d’échange internet pour que les opérateurs puissent échanger des informations au niveau local.
I l y a aussi un problème important lié aux noms de domaine, qui représentent souvent un coût très élevé.



Quels sont les pays d’Afrique qui manquent toujours d’infrastructures et d’équipements afin de faciliter l’accès à Internet ?


C’est assez variable. Cela bouge beaucoup car il y a des fonds qui arrivent de la part des bailleurs de fonds mais aussi des Chinois. Les gouvernements sont en train de s’engager dans des prêts  car ils commencent à y voir un intérêt.
Les pays les plus pénalisés sont les pays qui ne possèdent pas de littoral car dans ces pays il y a beaucoup plus de kilomètres à couvrir. En Afrique, plus de 30% des pays n’ont pas de côtes ni de littoral.




…Aviez-vous imaginé un développement aussi significatif d’internet en Afrique ?


Tant qu’il y a du business, les secteurs publics trouveront toujours un moyen de développer Internet. L’élément déclencheur du développement a été l’arrivée par la côte Est des EASSY, qui a permis beaucoup d’investissement sur la côte Est. Tant qu’il y aura de la rentabilité, internet continuera à se développer car il est vrai qu’il ya une très grande demande en Afrique et cette demande ne cesse de s’accroître.




Quel regard critique portez-vous à ce développement ?


Je pense que ce développement est très positif pour l’Afrique. C’est une belle histoire qui va évoluer positivement et de manière très significative. D’ailleurs les marchés sont en train de devenir plus riches pour le secteur privé. Il est vrai qu’il reste encore quelques soucis mais pour le moment tout cela se développe de manière très positive.










Pour qu’un pays existe significativement sur internet, il faut que les contenus et sites locaux se développent, comment expliquez-vous les difficultés pour le dépôt de noms de domaine ?




Au départ, c’est une question de prix. Il y a un très grand décalage entre les prix locaux et les prix des sites internationnaux.  Vous allez avoir souvent un prix de 50 dollars environ pour les locaux par rapport à quelques dollars pour les internationaux.




A moyen terme, pensez-vous qu’Internet puisse devenir une source économique durable et participer activement à la croissance en Afrique ?




Oui car il y a des investisseurs privés et les gouvernements qui y participent activement. De plus, j’ai pu constater qu’en Afrique, Internet permet aux personnes d’acceder plus facilement à des choses dont ils n’avaient pas accès auparavant. Cela devrait amener à un fort impact sur la croissance économique en Afrique, même si  cet impact sur la croissance est assez indirect.  



Quels progrès en terme d’innovation reste t-il à faire afin que l’Internet en Afrique obtienne davantage de succès ?




Je pense qu’il faut encore plus de supports publics avec des fonds pour développer des innovations et développer le contenu local. Cela dépendra aussi du niveau d’éducation des personnes.





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